Mirabelle Deucadixe

Déjà tout bébé, Mirabelle avait un goût immodéré pour les plaisirs de la bouche puisqu’elle mordait si puissamment le sein qu’il n’était pas rare que coule à flots hémorragiques le lait auquel se mêlait parfois le sang et les cris maternels.
Il faut en effet rappeler qu’il était à l’époque de coutume d’allaiter assez tardivement les enfants. Ainsi lorsque sa mère exsangue voulu sevré enfin sa fille à l’orée de ses 16 printemps, Mirabelle se mit en colère et tout de go déclara:”Assez de lait, j’veux d’la vodka”. Mais voilà, à la ferme, de la vodka, y en avait pas!
Ni une, ni deux, Mirabelle mit dans son baluchon un bout de saucisson, une andouillette et un poêlon et s’enfuit de la maison. De contrées en villes, de capitales en maisonnées, à pied à cheval, en automobile, en locomotive à vapeur, toujours droit devant, elle cuisinait. Partout et par tous les temps, sa seule vocation, son unique métier c’était peler, émincer, assaisonner, farcir, étriper, fourrer, glacer, ébouillanter, attendrir, graisser, incorporer, laminer, larder, lisser, luter, mortifier, paner, piler, mouiller, lustrer, pincer et parfois même lutiner! Bref, durant ces jeunes années, elle eût une vie bien gratinée, d’un hémisphère à l’autre jamais ses pieds ne traînaient .
Tant et si bien qu’à l’âge de 20 ans, épuisée, elle choisit pour pouvoir se reposer d’ouvrir un café. Au moins là, c’était les clients qui passaient!
Passe-moi l'sel